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Entre mémoire collective et mémoire familiale : L'héritage d'un trauma collectif lié à la violence totalitaire

MATHIER, I. [SUISSE]

Psychologue clinicienne, est chargée d’enseignement à la Haute école de travail social à Genève

Résumé 

Et si la liberté n’était qu’une illusion ? Ou comment le vécu extrême des anciens – organisé par la violence de l’Histoire – détermine le devenir des générations suivantes ? A travers l’expérience de la Résistance et de la déportation lors de la Deuxième Guerre mondiale, ce livre a pour objectif de montrer les effets de la transmission du traumatisme et de celle des valeurs portées par le parent rescapé. Les enfants des résistants déportés ont subi une double influence, marquée par le sentiment de fragilité et de souffrance parentale, associé à celui de force, de courage et d’engagement (paradoxe : héros/victime). Leur parcours de vie est imprégné par cette mémoire et la volonté testimoniale de leur parent. Après une brève description des séquelles traumatiques des ascendants et la présentation des concepts sur la transmission transgénérationnelle, l’auteur laisse une large place aux témoignages des descendants.

Mots-clés

Résistance et déportation ; traumatisme ; transmission ; mémoire collective et familiale; valeurs ; résilience

Article paru dans le Journal International de Victimologie Tome 5, n°3 (2007) - H4 Éditions.

 

« La mémoire de la déportation est triple : mémoire de la résistance, mémoire du camp, mémoire de la Shoah. Trois mémoires qui se combinent, s’enchevêtrent, s’empilent. On aurait tort de les opposer car en effet les divisions et les affrontements entament l’œuvre de mémoire et risquent d’ouvrir les portes sinistres de l’oubli. »

Poirel, B. (2004). Les enfants de déportés : des victimes transgénérationnelles ?, Diplôme de l’Université de victimologie, 47.

 

Entre héros et victimes, impact des identifications

Cet article est un extrait d’une recherche sur la transmission des valeurs de la résistance et du traumatisme de la déportation aux descendants (deuxième guerre mondiale). Plusieurs études ont porté sur la transmission du traumatisme de la déportation auprès des descendants juifs. J’ai abordé, dans cet ouvrage, la spécificité de cette transmission lorsque les parents ont été déportés pour actes de Résistance, hors toute considération religieuse. Cet ouvrage s’articule autour de deux questions principales : Comment les descendants ont-ils pris connaissance de la Résistance et de la déportation de leur parent ? Quels sont les effets de ce savoir sur la personnalité et le parcours de vie des descendants ?

Pour tenter d’y répondre, j’ai réalisé une trentaine d’entretiens auprès des trois générations. Mon propos a été de montrer l’effet paradoxal d’une double transmission auprès des enfants: celle du traumatisme de la déportation et celle de l’engagement dans la Résistance. Les Résistants déportés ont lutté pour la liberté et la justice tout en ayant vécu l’horreur des conséquences d’une idéologie de destruction de l’humain. Lors de l’engagement dans la Résistance, personne ne savait à quel point les représailles pouvaient aller au-delà du concevable. C’est lors de leur déportation qu’ils ont découvert la réalité de l'extermination directe ou indirecte. Les Nazis ne voulaient pas de témoins : tous étaient destinés à mourir. L’expérience des camps imprime une profonde blessure ontologique, car elle touche l’essence même de l’être humain et son appartenance à l’humanité.           

A leur retour, les déportés ont dû se réadapter à une vie « normale », ce qui n’a pas été sans problèmes pour la plupart d’entre eux. Ils devaient rétablir leur santé physique tout en restaurant leur identité. Ils ont été confrontés à la difficulté de dire et d’être entendus. Pourtant au nom des morts, ils se sont promis de témoigner et de ne pas oublier. Suite à une relative remise en forme physique, ils ont dû se reconstruire. « Une victime ne redevient jamais comme avant. Il ne s’agit pas de rebond mais de reconstruction  » Cette adaptation a été très inégale et dépendante de leur état psychique et physique. De plus, suite au silence, le trauma a pu rester enkysté. Peu d’années après, leurs enfants sont nés. C’est pourquoi nous supposons que le manque d’élaboration du traumatisme et les symptômes persistants à des degrés divers ont imprégné l’éducation et le développement des descendants.

Les Résistants déportés sont revenus des camps avec une vision du monde irrémédiablement différente. Ils ont tenté, à travers leurs enfants, une réconciliation entre deux mondes : celui de l’humain et de l’inhumain, celui de la vie et de la mort imminente. Les traces laissées par un tel vécu sont sans doute autant d’ordre traumatique qu’idéologique.

La Résistance a été portée par des valeurs (démocratie, liberté, tolérance, etc.) La survie dans les camps dépendait aussi de la force et de la persistance de ces valeurs, malgré la volonté des Nazis de détruire l’humanité dans l’humain subsistant et « résistant » des déportés. Plus tardivement, les déportés se sont sentis investis d’un devoir de mémoire au nom des disparus. La volonté de donner des leçons de l’histoire est liée à l’espérance que les générations suivantes sauront en tirer profit. Cependant, dans l’immédiat après-guerre, le silence s’est imposé. Les déportés ne voulaient pas importuner leur famille par leur histoire sordide. Ils voulaient inculquer la confiance en l’humanité et non la barbarie. Pourtant la souffrance persistait et les enfants l’ont détectée mieux qu’un radar. Ces valeurs « rédemptrices  » et salvatrices pour survivre puis revivre étaient porteuses d’espoir. Elles ont marqué fortement le surmoi des descendants et leur parcours. Ces derniers ont pu se sentir investis d’une « mission de transmission », d’une solidarité de la Mémoire, comme s’il y avait une injonction morale dont on ne peut dévier pour ne pas menacer l’équilibre précaire du survivant ni lui infliger plus de souffrances.          

Spécificité de la transmission des Résistants déportés

Ces deux types de transmissions, valeurs et traumatisme, sont indissociables, car le vécu de la déportation a exacerbé les valeurs de la Résistance – justifiant que la souffrance subie a porté ses fruits, la libération, grâce au fait d’avoir résisté et lutté contre l’occupant. Le sacrifice de sa personne n’aurait pas été vain.

L’originalité de cette étude est l’hypothèse selon laquelle la singularité de cette transmission consiste en une double identification à la victime et au héros : l’engagement dans la Résistance (porté par des valeurs fortes), puis le traumatisme de la déportation, marquent leur empreinte sur la trajectoire des descendants. Nous supposons que les enfants de Résistants déportés auraient subi une influence double et paradoxale : celle-ci serait marquée par le sentiment de fragilité et de souffrance parentale, associé à celui de force, de courage et d’engagement (fort payé) pour la défense de valeurs (perception héros/victime).

La déportation du résistant fut une conséquence de la lutte pour la liberté, du combat contre l’occupation germanique imposant des privations diverses, du refus d’une idéologie fasciste, du refus de l’eugénisme, de la défense des droits fondamentaux républicains. Les déportés, pour beaucoup, se sont d’autant plus attachés, après leur libération, à la défense de la paix et à la transmission de valeurs humanistes déjà présentes de par leur opposition au régime nazi. L’expression du « plus jamais ça » indique bien la volonté de lutte et de mise en garde impérative vis-à-vis des générations suivantes. La volonté de transmettre des valeurs aurait eu pour fonction une sublimation du vécu traumatique. (...)

 

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